Contemplation + ou - critique d'une belle assoupie dans son alcôve territoriale, assortie de coups d'oeil ailleurs...

Evoquant dans l'éditorial du bulletin trimestriel "Le Molshémien" (numéro 61, été 2011) la récente agression d'un policier municipal, le maire de Molsheim déplore qu'en matière de sécurité, « la législation et les outils mis à la disposition des autorités publiques sont si modestes que le "laisser faire" est souvent la règle. »
Qu'il se "rassure" ! Outre la mise en oeuvre des mesures répertoriées par S'Molshemer blog au fil des articles "De l'intranquillité publique" et "Loppsi 2 : mais que fait la police ?", l'Etat vole à son secours par préfet interposé.
Une "bulle" ministérielle, signée par le Cardinal Guéant en date du 22 juin 2011, presse en effet les évêques-relais préfectoraux de convertir dare-dare toutes les chapelles communales, églises municipales et autres cathédrales urbaines de leurs diocèses respectifs aux dogmes et multiples bienfaits d'une nouvelle religion sécuritaire : la "collaboration participation citoyenne".
Nos édiles auront ainsi la faculté, entre autres charges sacerdotales et dans les strictes limites de leurs "ministères" paroissiaux territoriaux, de regrouper les plus croyants de leurs "fidèles" administrés en assemblées de "voisins vigilants", déployés en réseaux évangélistes citoyens dans les moindres cryptes et galeries déambulatoires des sanctuaires municipaux.
Directement inspirés du modèle anglais « Neighbourhood Watch », ces réseaux composés de volontaires référents et zélés (simili gardes suisses) ont pour mission de surveiller sans relâche leur environnement approprié (immeuble, rue, quartier), d'y déceler tout détail "anormal" : incivilité, comportement anti-social, présence étrangère, mouvement insolite, plaque minéralogique suspecte, code vestimentaire etc., et de le rapporter sur l'heure aux autorités.
A charge pour le maire (s'il apporte sa caution) de cadrer, encadrer voire recadrer tout ce joli monde (où tout le monde surveille tout le monde), d'en baliser prudemment le périmètre d'intervention et de poser les garde-fous propres à déjouer toutes les dérives imaginables : psychose chronique d'insécurité, climat anxiogène de suspicion généralisée, délation institutionnalisée, démangeaisons miliciennes, émergence de citoyens-rambos en polystyrène (règlements de comptes à tous les étages), accoutumance à l'autoflicage délégué, privatisation rampante et à terme atteinte potentielle aux libertés individuelles et à la vie privée. A fortiori sachant que le dispositif ne repose momentanément sur aucun fondement juridique clairement établi.
Pour nos stratèges gouvernementaux, c'est de toute façon bingo sur toute la ligne : le développement calculé de cet auto-contrôle social, outre qu'il participe insidieusement à la substitution de la société civile aux services de police, vise à compenser le désengagement croissant de l'Etat de ses missions régaliennes en la matière (réduction drastique des effectifs et des moyens de la police nationale et de la gendarmerie). Un déshabillage qui génère de facto le transfert quasi-mécanique des charges afférentes aux maires désormais "coeurs de cible".
Au-delà de l'hypothétique adhésion préalable des élus concernés, guère enclins pour la plupart à jouer les shérifs de proximité, et de l'engagement encore frileux de la population, on appréhende d'ores et déjà l'étape suivante : Internet Eyes is watching you !
Nouveau gadget très en vogue outre-Manche, le site "Internet Eyes" permet aux internautes volontaires de visionner en direct, at home, des caméras de surveillance (4 au choix) installées dans des magasins, des entreprises voire bientôt dans les espaces publics. Et de signaler tout comportement suspect via un bouton d'alerte sur leurs écrans activant l'envoi d'un SMS/MMS (comportant l'image figée du délit) au propriétaire qui décide de la suite à donner. Moyennant à la clé une "récompense" pouvant aller jusqu’à 1.000 livres, au gré des fraudes et vols dénoncés. L’expérience étant ouverte à tous les citoyens européens, français compris, le concept ne devrait pas tarder à contaminer l'Hexagone et infester, s'il en était encore besoin, des pratiques sécuritaires décidément de plus en plus dévoyées...
Cela étant, force est par ailleurs de constater, en filigrane de ce contexte délétère, une aggravation autrement plus substantielle de l'insécurité... sociale, de la précarité, du chômage et de la misère, au coin de la rue. Autant de calamités qui mériteraient que la communauté citoyenne se concentre a contrario sur la définition plus constructive d'un statut de "voisin solidaire", prioritairement fondé sur la notion bien comprise de lien social, retissé dans son acception la moins policière...
A chacun son métier !
---> Liens complémentaires :
- Circulaire du ministre de l’Intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales, du 22 juin 2011 (NOR: IOCJ1117146J).
- Journal La Croix : "Les polices municipales sont de plus en plus sollicitées".
- AFP : "Guéant furieux contre un rapport de la Cour des comptes", lequel rapport dénonce notamment le "rognage" des moyens et des effectifs de la police nationale, ainsi que le coût et l'inefficacité du système de vidéoprotection (clin d'oeil à nos maires "vidéastes"...).
- Rapport de la Cour des comptes : "Organisation et gestion des forces de sécurité publique" (juillet 2011).
- La Gazette des Communes : "Police municipale et vidéosurveillance passées au crible par la Cour des Comptes - Décryptage."
- Site Owni.fr : "La vidéosurveillance laissée en jachère" et "Vidéosurveillance : ce que révèle a Cour des comptes".